Pour certains enfants, apprendre à lire est bien plus difficile qu'on ne le pense.
Au sein de leur classe, tout va beaucoup trop vite.
Pourtant, ces mêmes enfants peuvent aussi entrer en lecture.
Bien souvent, cela n'est possible que grace à un accompagnement concomitent
hors de leur classe, dans un cadre restreint, avec des approches et des outils spécifiques,
ainsi qu'un rythme d'apprentissage plus lent et adapté à leurs difficultés.
C'est, entre autres, pour permettre ces nécessaires conditions d'apprentissages,
qu'en 1990, se créaient les Réseaux d'Aides Spécialisées aux Elèves en Difficulté.
Or, vingt-trois ans plus tard, après un quinquennat de dénigrement,
sous couvert d'arguments économiques et dogmatiques tendancieux,
les RASED ont fini par disparaître de beaucoup d'écoles à la rentrée 2012.
Un "manque" sans conséquence, nous a-t-on répété...
Soit,...eh bien pourquoi ne pas "mesurer ce manque",
à court et à long terme ?
Et puisque depuis plusieurs années, notre institution ne semble définir d'orientations
que par rapport à des "indicateurs" régis (en apparence) par la "logique du chiffre" :
- Commençons par "chiffrer" l'augmentation des élèves qui, faute de ne rien savoir décoder,
devraient être maintenus en CP-CE1 dès septembre prochain..., à la condition que les
maintiens soient autorisés, car ne doutons pas que tout sera fait pour "contenir" toute
statistique dérangeante, révélatrice d'un problème causé par des orientations purement
institutionnelle.
- Puis, transposons ces mêmes élèves dans leurs futures classes de cycle 3, totalement
"perdus" parce qu'ils seront "non lecteurs" ou "très mauvais lecteurs". Il suffira d'attendre
deux-tois ans pour, là encore, "chiffrer" leur augmentation et leur taux d' encombrement
dans les classes de CM.
- Et enfin, imaginons leur parcours scolaire et extra scolaire à la sortie de l'école primaire! Les
chiffres des évaluations PISA, du "Décrochage Scolaire" ainsi que des évaluations en lecture
des JDC (Journée Défense et Citoyenneté) parleront d'eux-mêmes. Apparaîtront alors les
conséquences de la politique éducative actuelle, clairement défaillante vis à vis des élèves à
besoins particuliers dans les classes ordinaires.
En attendant l'inéluctable, constatons, nons sans amertume, l'incohérence et l'ironie
de la situation concernant le traitement de la difficulté scolaire,
surtout lorsqu'on se réfère aux nobles "priorités" affichées que sont :
la lutte contre l'illettrisme et l'échec scolaire.
Le paradoxe est d'autant plus aberrant
que la suppression des accompagnements RASED,
combinée à la restriction des maintiens dans un même niveau,
enlèvent toute opportunité d'apprendre à lire aux enfants en grandes difficultés.
[ En effet, le "postulat" de l'inutilité des redoublements en CP, si tant est qu'on l'admette,
ne peut se concevoir qu'à la condition siné qua non d'un suivi RASED concomitent...
...ce qui, hélas, n'est plus le cas ! ]
Ainsi, au grand dam des enseignants,
les illettrés de demain, pourtant "sauvables",
se fabriquent dans nos écoles.... maintenant !
Alors, à quand le retour en considération des élèves en difficulté ?